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Louis Riel (assis, au centre)

D'Arcy McGee
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Premier
article de Bob Rae
Il y a
quatre-vingts ans, tout à la fin de la première guerre mondiale,
un livre a été publié en Ontario. Son titre en était The Clash!
- A Study in Nationalities. Son auteur, un jeune étudiant en
Histoire du Canada et en Sciences politiques, était un certain William
Henry Moore. L'exemplaire que j'en ai correspond à la cinquième
édition en six mois: ce livre s'est certainement très bien vendu.
Il a été écrit
dans un climat de grande tension aussi bien chez nous qu'à l'extérieur
du pays. Ici, la guerre avait engendré une crise politique :
le gouvernement unioniste de Borden avait amené à la ratification
de la Loi
sur le service militaire. Laurier avait refusé de se rallier
à la coalition nationale et son Parti Libéral fut réduit en miettes.
En Ontario, les Tories firent édicter un paragraphe dans
la Loi sur l'éducation - le fameux Règlement 17 - proscrivant le
français comme langue d'instruction et insistant sur la folie d'une
« éducation bilingue .
Le thème du
livre constitue un paradoxe dans l'Histoire du Canada en elle-même.
Nous nous enorgueillissons d'être un peuple prévenant, généreux
et tolérant. La propagande politique ne fait que nous intoxiquer
quotidiennement de cette image. La réalité est quelque peu différente :
au mieux nous avons appris à apprécier l'harmonie de la diversité,
mais une grande part de notre Histoire est pétrie d'intolérance
et de conflits.
Il y a
un peu plus de deux cents ans, le parlement britannique débattait
de l'Acte
de Québec. On en reteint principalement deux discours. Tout
d'abord celui de Sir Edward Thurlow, et puis celui du Procureur
général :
« Vous ne devriez
apporter des changements qu'aux seules lois reliées à la
souveraineté française et leur substituer des lois qui relèveraient
de la nouvelle souveraineté... mais en ce qui concerne toutes les
autres lois, toutes les autres coutumes et institutions de toutes
sortes, qui ne traitent pas du statut des sujets et des souverains,
l'humanité, la justice et la sagesse contribuent uniformément
à vous insiter à laisser le peuple tel qu'il était. »
C'est dans le
même débat qu'Edmund Burke proclama : « j'ai si peu de considération
pour le droit de conquête et tant pour le droit de la nature humaine,
que le premier n'a, à mes yeux, que bien peu d'importance. »
L'Acte de Québec,
le partenariat créatif entre Baldwin et Lafontaine, la Proclamation
de 1763, Les Débats sur la Confédération, la générosité d'esprit
démontrée par Laurier et Lester Pearson dans leur tentative de traiter
équitablement avec les minorités : c'est là notre vraie ligne de
partenariat et de tolérance.
Cependant, il
y en a une autre : le rapport désastreux, mais heureusement
vite délaissé, de Durkham ; la décision de MacDonald de pendre Louis
Riel ; la résolution ontarienne de restreindre l'usage
du français au début du XXe siècle : les appels isolationnistes
à se départir d'un nationalisme québécois en bourgeonnement ; les
sentiments profondément antagonistes stimulés par les crises profondes
concernant la circonscription au moment des deux guerres. Les croissantes
confrontations stériles et infructueuses des années 70, 80 et 90,
accompagnées du massacre tragique de Pierre Laporte qui a à jamais
marqué du sceau du déshonneur le mouvement séparatiste radical.
Cela aussi fait partie de notre Histoire.
La reconnaissance de l'identité des nationalités à l'intérieur du
Canada et l'esprit concomitant de partenariat renvoie à la liberté
elle-même. L'état moderne ne peut jamais être en accord sur les
termes avec « la nation » sans un brutal exercice de nettoyage
ethnique. Nos principes fondateurs sont la diversité et l'unité :
Le Canada est une confédération, pas seulement une nation, et cela
dit bien ce que cela veut dire.
Thomas
D'Arcy McGee, le grand défenseur de la Confédération, a dit
un jour : « le fédéralisme est un grand principe qui s'adresse aux
fondements-mêmes de la nature humaine. ». En tant que l'un des plus
éminents orateurs du Canada, McGee savait qu'un pure et simple nationalisme
ethnique ou religieux ne pouvait pas apporter de solution durable
aux problèmes de l'Irlande, à sa naissance ; un point de vue qui
conduisit à son assassinat en 1868 par les mains des nationalistes
fenians. Des dizaines de milliers de morts plus tard, les tractations
irlandaises poursuivent l'effort de se remettre du souvenir cauchemardesque
d'un tort parfois véritable, parfois exagéré.
McGee avait raison sur l'Irlande. Il avait également raison à propos
du Canada. McGee comprenait que la diversité canadienne nécessitait
une philosophie publique qui se distinguait de son passé colonial.
Dans nos moments les plus éclairés, nous avons prêté attention à
des voix comme celles de Burke ou de McGee. On a signé des traités
qui donnaient des droits aux deux parties. On a établi des limites
claires sur ce que pouvait faire une majorité provisoire. Depuis
les origines jusqu'à ces premières rencontres nous avons dû apprendre
que les droits peuvent s'appliquer aux groupes aussi bien qu'aux
individus, et que la loi de la pure et simple majorité ne peut pas
être le seul principe qui régit une communauté politique civilisée.
« Des événements
plus importants que la plaidoirie ; des événements plus importants
que les hommes » (pour emprunter les mots de McGee) conduisirent
vers la voie de l'union fédérale. Mais ce ne fut, en aucun cas,
la voie d'un état unitaire. Le Québec, pourrait bien mieux « se
battre pour ses propres droits » à l'intérieur d'un Canada
fédéral.
Aujourd'hui,
il nous faut être éminemment plus clairs et plus éloquents, partout
dans le pays, sur les bienfaits et la valeur du fédéralisme que
nous construisons, pas seulement depuis cent vingt-cinq ans, mais,
je dirais, depuis 1774 et l'Acte de Québec. Il y a un grand malentendu
en ce qui concerne le sens et l'essence du fédéralisme dans la province
de Québec, mais il y a un degré tout aussi important d'incompréhension
et d'inexactitudes dans les autres parties du pays.
Ceux qui prétendent
que le Canada est constitué de dix provinces qu'on devrait traiter
de façon parfaitement identique - une vision de la réalité digne
d'un découpeur de biscuits - vont à l'encontre de ce qu'est l'Histoire
canadienne. Cette vision peut être conforme aux théories d'une personne
sur le fédéralisme, mais nous connaissons déjà les dangers qu'il
y a à gouverner au nom d'une théorie, qu'il s'agisse de celle de
Lord Durham, Pierre Trudeau ou Preston Manning.
Le fédéralisme
revêt différentes formes, dans des pays différents, à des moments
différents. Il n'existe pas de définition unique et magique du fédéralisme.
Il n'y a pas qu'une seule façon d'être fédéraliste. Il n'y a pas
qu'une seule et unique constitution fédéraliste. Il existe toute
une panoplie de possibilités constitutionnelles. Par dessus tout,
lorsque nous établissons des constitutions, nous devrions
faire cas du respect et de la connaissance des institutions, de
la culture, de la langue et de l'histoire de notre propre pays.
Ceux dont les voix, hors Québec, ont rejeté la notion de société
distincte témoignent de leur ignorance d'une page importante de
l'Histoire canadienne et de la réalité canadienne. Depuis des générations,
il s'est trouvé des gens en dehors du Québec pour poser l'éternelle
question des médias : « Que veut donc le Québec ? »
Je pense que
le Québec peut légitimement répondre : « Et bien, nous savons
parfaitement ce que nous voulons. Nous vous l'avons dit au Lac
Meech. Nous vous avons fourni une idée précise de la direction
dans laquelle nous voulons aller. ». Il y a clairement une forte
majorité au Québec en défaveur de la séparation, mais certainement
en faveur de la reconnaissance du caractère particulier des institutions
du Québec. Maintenant, c'est au tour du Québec de demander au Canada
anglais : « Que voulez-vous donc ? ».
Quels que soient
les résultats du prochain référendum au Québec - s'il y en a un
- il nous faut faire face à certaines réalités générales. Les relations
politiques peuvent toujours être améliorées, mais une monnaie commune
et des valeurs partagées, cela implique coordination et réciprocité,
comme c'est le cas en Europe.
En retour, cela amènera à des institutions politiques
communes, comme le parlement et les tribunaux, avec certains pouvoirs,
indépendants des gouvernements membres de la fédération et communs
à tous les citoyens. Les institutions fédérales communes peuvent
toujours donner matière à réforme. Le Sénat en place sera aboli.
Notre relation à la monarchie sera réexaminée. Le Parlement lui-même
gagnerait à être quelque peu réformé. Cependant, toutes ces modifications
ne sont que le reflet d'une réalité fondamentale : l'image
du Canada, celle d'une nation et d'une société civile, avec une
histoire de partenariat et de solidarité, garde toute la solidité
et la vivassité que nous voulons bien lui forger.
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