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Deuxième
article de Janice Stein
Le
Canada et la nouvelle diplomatie
À moins que
ne surviennent des bouleversements majeurs dans notre système, le
Canada vivra, au siècle prochain, dans un monde où les connexions
seront plus étroites que jamais. Dans ce monde, il faudra au Canada
bien plus que des diplomates bien formés et des magistrats internationaux.
La diplomatie d'état
à état qui a constitué
le modèle dominant de ce siècle ne représentera plus pour le Canada
qu'une seule des façons de faire entendre sa voix.
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Déclaration universelle
des droits de l'homme

Chaîne d'assemblée automobile
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Progressivement,
le gouvernement du Canada se verra conduit à diriger un orchestre
entier d'exécutants canadiens qui participeront directement aux
décisions politiques mondiales.
Pour
le
meilleur et pour le pire, le XXe siècle a constitué l'âge
d'or de l'État. Toutefois, alors que le siècle touche à sa fin,
l'État est en train de perdre son monopole et de nouveaux acteurs
entrent dans le jeu international. Même les tous puissants États-Unis,
qui, comme le faisait remarquer l'ambassadeur Gotlieb la semaine
dernière, sont les maîtres incontestés, à la fois sur le terrain
de la puissance militaire que sur celui de la domination culturelle,
accomplissent bien moins qu'ils ne le voudraient sans faire appel
à l'aide d'autrui. Il arrive souvent, qu'eux aussi se sentent frustrés
sur le plan mondial.
Un
peu partout, même si c'est à contrecur, les États se mettent à
travailler avec de nouveaux partenaires selon de nouveaux schémas.
Les organisations internationales, les ONG, les multinationales,
et même les particuliers, prennent une place de plus en plus importante.
Les
réalistes traditionnels, accoutumés au monopole de l'État lorsqu'il
s'agit de politique internationale et à la prédominance de la sécurité
nationale à l'ordre du jour de la politique étrangère, peuvent se
sentir mal à l'aise face aux nouveaux acteurs, à la nouvelle diplomatie,
au grand nombre de compétences requises pour pouvoir exercer une
influence dans un monde où les liens sont de plus en plus étriqués,
et où les échéanciers sont de plus en plus vastes et plus exigeants.
Ils ont intérêt à s'adapter.
L'hégémonie
écrasante des États-Unis sur le bien-être économique du Canada est
indiscutable. Malgré des années d'efforts pour tenter de diversifier
nos investissements et nos relations commerciales, le marché américain,
vu de façon proportionnelle ou dans sa totalité, est plus important
pour les Canadiens qu'il ne l'était, il y a une décennie.
Les
États-Unis, cependant, sont eux-mêmes pris au piège de l'économie
mondiale. Dans un proche avenir, les États-Unis exerceront une influence
disproportionnée sur l'établissement des règles du jeu de l'économie
internationale, tout en employant leur force économique à ce que
les autres s'ajustent à leurs besoins. En conséquence, nous devrons
redoubler d'efforts, pour convaincre le président, le congrès,
et même les capitales des différents États, d'admettre, au-delà
des simples besoins du Canada, l'importance du Canada pour le marché
américain.
Il
est vital de conserver la diplomatie traditionnelle d'État à État,
mais seule, elle n'est pas de taille à mettre en relief l'importance
du marché canadien pour les États-Unis. La visibilité croissante
des marques de compagnies canadiennes à New York, Los Angeles, Seattle,
et Miami, permet de renforcer la prise de conscience de secteurs
comme le spectacle, l'éducation, les logiciels, la pharmacologie
et les télécommunications, au sein du marché américain. Dans un
monde où les liens sont de plus en plus étroits, les entreprises
canadiennes jouent le rôle d'ambassadeurs, non seulement aux États-Unis
mais partout où elles s'implantent. Et les ambassades, comme le
savent très bien les diplomates expérimentés, s'accompagnent d'opportunités
nouvelles, mais aussi de devoirs.
De
nouveaux partenariats entre le gouvernement et le monde des affaires
ne se réduiront pas à la promotion du commerce et des investissements.
Comme les États se retranchent un peu partout, ils sous-traitent
à de nouveaux partenaires des affaires dont un certain nombre étaient
traditionnellement considérées comme faisant parties des prérogatives
de l'État en politique internationale.
Le
Canada ne fait pas figure d'exception, même sur des questions aussi
sensibles que la sécurité, monopole traditionnel de l'État. Le Canada
s'est notamment retourné vers le secteur privé pour procurer les
avions permettant l'entraînement des pilotes de l'OTAN dans son
espace aérien. Il a contacté une compagnie privée pour entraîner
les forces de police lors de mission au sein des Nations Unies.
De plus en plus, c'est notre gouvernement qui impose les règles
du jeu pour ensuite partir à la recherche de partenaires des secteurs
privés et à but non lucratif pour réaliser des objectifs communs.
Les ONG canadiennes sont également des acteurs importants dans
la politique mondiale. Le secteur non-gouvernemental s'étend au-delà des
frontières de l'État pour forger des alliances. La rapide expansion et la
décentralisation des systèmes d'information et la réduction massive des coûts
des communications internationales ont facilité la mise en place
de partenariats utiles pour les organisations non-gouvernementales.
La mise en commun d'idées et d'influence qui en résulte les a placées
en bien meilleure position, pour travailler non seulement entre
elles, mais aussi avec les gouvernements nationaux et les organisations
internationales.
Les
ONG canadiennes s'allient à leurs homologues à travers le continent
américain pour faire avancer l'ordre du jour commun en préparation
du sommet des Amériques qui se tiendra au Canada en l'an 2000. Elles
travaillent aussi en collaboration avec le gouvernement pour intercéder
auprès des institutions internationales en faveur de la régulation
des armes et de la prise en compte des questions environnementales,
pour mettre plus vite les droits de la personne à l'ordre du jour,
et pour livrer des secours humanitaires et de l'aide au développement.
Il
faut dire que le gouvernement canadien a fait office de précurseur
international dans le partenariat avec le secteur à but non lucratif.
Il y a quelque temps, il s'est associé à la Campagne internationale contre les mines antipersonnel
pour encourager la rédaction d'un traité interdisant
l'emploi de mines antipersonnel. Ce partenariat entre un état et des
organisations non-gouvernementales a été couronné de succès là ou chacun de
son côté aurait probablement échoué s'il avait été tout seul.
De façon similaire, le Canada a travaillé en association avec le
secteur non-gouvernemental pour élaborer le statut d'une Cour criminelle
internationale. Les ONG ont rassemblé des ressources pour procurer
une assistance juridique gratuite aux états n'ayant pas accès aux renseignements et aux ressources
suffisantes pour participer efficacement au débat sur ce statut.
La création de cette cour permettra une avancée significative du
régime de justice internationale ; lorsqu'elle sera en place,
cette cour aura autorité pour juger les personnes accusées de génocide
ou de crime contre l'humanité.
Il
y a de fortes chances pour que ce type de partenariats, entre é
tats et acteurs de secteurs divers, associés autour de causes
communes, prenne de plus en plus d'importance sur l'échiquier politique
international, au cours du prochain siècle. Les États, et les diplomates qui
les représentent, ne seront plus que le premier maillon de la
chaîne, alors que les citoyens, les entreprises et les organisations
non-gouvernementales se joindront directement aux nouvelles formations
diplomatiques.
Le
Canada est bien placé pour être à la tête de cette nouvelle diplomatie.
Notre tradition de société fédérale a bien préparé nos dirigeants
politiques et nos officiels à l'orchestration et à la coordination.
Les Canadiens ont compris et soutenu depuis longtemps l'importance
du droit et des institutions sur le plan international.
Nous avons déjà une société civile riche et diversifiée, avec une
tradition historique d'engagement dans les questions intérieures. Il est
donc naturel que la prochaine étape, pour nos organisations non-gouvernementales,
consiste à s'impliquer au-delà de nos frontières de plus en plus
poreuses. De même, il est de plus en plus fréquent que les compagnies
canadiennes recherchent des parts de marché en dehors de nos frontières,
d'abord en Amérique du Nord puis sur les places du monde entier.
Ces
processus sont facilités par une population canadienne, diversifiée
dans ses origines, internationaliste dans ses perspectives, et particulièrement
bien connectée au-delà des frontières du pays. Les plus grandes
villes du Canada se font de plus en plus le miroir de la diversité
de la population mondiale.
La
diversité constitue l'un des atouts majeurs pour le Canada dans
le nouveau paysage diplomatique du siècle qui s'en vient. Le défi
le plus important pour le Canada sera de bien utiliser cet atout,
avec sagesse et circonspection.
Au milieu de
la cacophonie ambiante, nos chefs d'orchestre devront faire le choix,
dans un vaste répertoire musical, des partitions qui représentent
le mieux notre Histoire, nos compétences et nos valeurs, pour préparer
un programme intègre et cohérent. Ils devront coordonner les musiciens
à l'intérieur et à l'extérieur du pays, et s'assurer que chacun
fournisse les meilleurs instruments au concert, pour ensuite diriger
l'orchestre. L'orchestration de la politique au cours du prochain
siècle sera bien plus ardue qu'elle ne l'a été au précédent, mais
si les chefs d'orchestres s'y prennent bien, les Canadiens, comme
les autres, prêteront une oreille attentive au concert. Il se peut
qu'ils n'aiment pas toujours la musique, mais ils auront du respect
pour la performance.
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